Industries du futur

Le pionnier canadien de la robotique Ryan Gariepy : la plupart des secteurs manquent d'automatisation, la stratégie d'IA devrait se concentrer sur le déploiement plutôt que sur la recherche.

Le co-fondateur de Clearpath Robotics, Ryan Gariepy, a souligné dans une interview que le niveau d'automatisation de la plupart des secteurs au Canada est bien en deçà de leur potentiel, et a analysé les obstacles et les opportunités sous les angles technique, culturel et politique.

Événement : un précurseur de la robotique canadienne lance un avertissement sur le « manque d'automatisation »

En juin 2026, Ryan Gariepy, cofondateur de Clearpath Robotics, a déclaré dans une interview accordée à *Robotics & Automation News* : « La plupart des secteurs industriels canadiens souffrent d’un manque d’automatisation. » En tant que fondateur d’une entreprise de robotique issue de l’Université de Waterloo puis acquise par Rockwell Automation, son point de vue a suscité l’attention dans le milieu technologique canadien.

La carrière de Gariepy a été témoin du passage de la robotique de la recherche académique à l’application industrielle. Clearpath Robotics, fondée en 2009, a lancé une série de plateformes de recherche robotique, puis est entrée dans le domaine des robots mobiles autonomes via OTTO Motors. Acquis par Rockwell Automation en 2023, cela a constitué une étape importante dans le domaine de la robotique au Canada.

Causes : trois obstacles : culture, connaissances et maturité technologique

Selon Gariepy, la lenteur de l’automatisation au Canada tient à trois facteurs clés :

Premièrement, un problème de perception culturelle. Les robots sont encore perçus de manière neutre ou négative, plutôt que comme des outils positifs à adopter impérativement. Dans la culture industrielle canadienne, l’automatisation n’a pas encore l’urgence accordée à l’innovation.

Deuxièmement, un manque de bonnes pratiques et de références. Pour les entreprises sans expérience en robotique, il est très difficile d’évaluer la pertinence de l’automatisation et de la déployer. Le manque de cas de réussite et de modèles reproductibles freine l’adoption à grande échelle.

Troisièmement, une maturité technologique insuffisante. De nombreux problèmes robotiques spécifiques à des industries typiquement canadiennes (comme le travail en extérieur) n’ont été résolus que depuis une dizaine d’années. Les produits et entreprises correspondants en sont encore au stade des premiers adoptants.

De plus, le battage médiatique autour de l’IA pourrait encore brouiller les pistes. Gariepy souligne que certaines entreprises bien financées laissent entendre que les nouveaux modèles d’IA pourraient à eux seuls modifier considérablement le taux d’adoption, ignorant d’autres problèmes clés comme l’intégration, les talents ou la culture. Par exemple, il juge l’idée d’entraîner des robots d’usine via un casque de réalité virtuelle comme déconnectée de la réalité.

Impact sectoriel : de la fabrication à la santé, dix domaines vont être remodelés

Gariepy énumère les secteurs canadiens qui pourraient être radicalement remodelés par la robotique dans les dix prochaines années : la fabrication, l’extraction des ressources, l’agriculture, la sylviculture, la défense ; après dix ans, ce sera la construction, la santé, la pêche, les transports.

Selon lui, le Canada possède à la fois une avance technologique mondiale dans ces domaines et un besoin urgent d’automatisation. La pénurie de main-d’œuvre, la vague de départs à la retraite et le besoin de nouvelles usines transforment l’automatisation d’une « option future » en une « nécessité concurrentielle ».

Sur la question controversée de l’emploi, Gariepy répond : de nombreuses usines nord-américaines sont inactives ou ne sont même pas construites par manque de main-d’œuvre, et des millions d’emplois manufacturiers sont vacants en raison des départs à la retraite. « Les travailleurs n’ont pas besoin de plus d’heures de travail, ils ont besoin de meilleurs outils. Les robots sont ces outils. »

Signification pour le Canada : un tournant clé d’une puissance de recherche à une puissance de déploiementGariepy a notamment mentionné que le gouvernement canadien vient de classer la robotique parmi les cinq domaines prioritaires dans sa stratégie nationale actualisée en matière d'IA. Il estime que c'est un signal fort envoyé aux investisseurs et à l'industrie.

Actuellement, l'avantage du Canada réside dans la recherche en robotique – avec des universités et des start-ups de classe mondiale – mais sa faiblesse est la vitesse de transformation de la recherche en déploiement industriel à grande échelle. Gariepy estime que si le Canada veut devenir un leader mondial dans le déploiement de robots, il faudra une action coordonnée du gouvernement, des investisseurs et de l'industrie dans les cinq prochaines années : des signaux politiques clairs, un financement accru pour les déploiements pilotes, la formation de talents en intégration, et la création de cas de référence dans l'industrie.

Il a particulièrement souligné que la technologie robotique est déjà suffisamment mature et ne devrait plus rester dans les laboratoires. L'expérience de Clearpath prouve que comprendre les contraintes réelles de l'environnement de production est plus important que de rechercher des démonstrations techniques tape-à-l'œil. Après l'acquisition par Rockwell, il est encore plus convaincu que le déploiement à grande échelle nécessite une mise en œuvre solide de l'ingénierie, et non un simple récit de « l'IA universelle ».

Tendances mondiales : battage médiatique autour des robots humanoïdes et réalité des systèmes spécialisés

Concernant les robots humanoïdes très en vogue et l'« IA incarnée », Gariepy se montre prudent. Il estime que les robots humanoïdes « ne sont malheureusement pas encore proches d'un déploiement critique en production ». Bien que les achats de recherche académique et d'entreprise augmentent, cela ne signifie pas que le déploiement industriel suivra naturellement. Il se souvient qu'il a fallu seulement quelques années à quelques personnes pour amener le robot Husky de zéro à l'échelle ; alors que le robot mobile autonome OTTO a nécessité des centaines de personnes et plus de dix ans pour arriver à maturité.

Par conséquent, il estime que les opportunités industrielles des 5 à 10 prochaines années resteront concentrées sur les systèmes autonomes spécialisés (comme les AMR, les robots mobiles industriels), plutôt que sur les robots humanoïdes polyvalents. Les robots humanoïdes ont un potentiel dans des scénarios spécifiques, mais ils nécessiteront plus de temps pour atteindre une fiabilité de niveau industriel.

Tendances à long terme : l'automatisation va remodeler la compétitivité industrielle du Canada

Ce qui mérite vraiment une attention soutenue n'est pas une percée technologique particulière en robotique, mais la capacité du Canada à établir une chaîne d'innovation complète, de la R&D au déploiement. L'interview de Gariepy révèle une problématique profonde : le Canada possède des capacités de recherche en robotique de classe mondiale, mais la capacité d'absorption de l'automatisation par l'industrie est très en retard.

Si le Canada peut saisir l'opportunité de sa stratégie nationale en IA pour élever le déploiement de la robotique au cœur de sa politique industrielle nationale, alors dans la décennie à venir, la relocalisation manufacturière, l'exploitation efficace des ressources, la production agricole durable, les opérations autonomes dans l'Arctique, etc., pourraient devenir des avantages concurrentiels mondiaux pour le Canada. Inversement, s'il reste au niveau de la recherche et des slogans politiques, le Canada continuera à prendre du retard dans la course mondiale à l'automatisation.

L'appel de Gariepy est essentiellement un rappel de la « dernière étape » du système d'innovation canadien : la commercialisation de la technologie nécessite non seulement l'invention, mais aussi un écosystème de déploiement systématique. C'est peut-être l'enseignement le plus stratégique de cette interview pour l'industrie technologique canadienne.

---*Note de la rédaction : Cet article est basé sur l'interview de Ryan Gariepy, cofondateur de Clearpath Robotics, dont la société a été acquise par Rockwell Automation en 2023, par Robotics & Automation News.*

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Source links

  1. https://roboticsandautomationnews.com/2026/06/22/interview-with-clearpath-robotics-co-founder-ryan-gariepy-most-industries-in-canada-are-under-automated/102695/Primary

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